Plus que jamais, nos activités sont menacées 1 par l'exploitation forestière et l'urbanisation du territoire.
Certains d'entre-nous, sans nécessairement se sentir investis d'une mission, ont la conviction profonde qu'il est primordial de mettre tout en œuvre afin d'assurer un juste équilibre entre les différentes formes d'utilisation du territoire.
Pour la plupart, faisant preuve de ténacité, c'est dans l'ombre qu'ils travaillent pour l'intérêt du plus grand nombre, se refusant de se limiter au rêve. C'est pourquoi, saison après saison, le CMC est fier d'accompagner ceux que l'on peut qualifier de grands bâtisseurs.
1 Certains des grands sentiers menacés ont plus de 70 ans d'existence. Il est primordial que des mesures énergiques soient entreprises par les autorités publiques pour en assurer la pérennité : Maple Leaf (Val-David, Val-Morin, Ste-Adèle), Gillespie (Ste-Agathe, Val-David, Val-Morin), Johannsen (Ste-Adèle, St-Hippolyte, Prévost), Western (Ste-Agathe, Val-David, Ste-Adèle, Morin-Heights, St-Sauveur), Élan (Ste-Adèle, St-Hippolyte), Fleur-de-Lys (Ste-Agathe, Val-David, Ste-Adèle), CCC (Ste-Adèle – ch. Val-Royal à Mont-Gabriel), Nantel (Ste-Agathe – Lac aux Quenouilles à Lac des Sables) ainsi que plusieurs autres.
On ne peut parler des grands bâtisseurs actuels sans oublier le pionnier qui introduisit le ski nordique en Amérique du Nord, celui qui participa aussi au développement de plusieurs domaines skiables (ski alpin) dont Mont-Gabriel, Mont-Orford, Lac Beauport, et Collingwood (Ontario), et qui fonda plusieurs clubs de ski. Il installa le premier remonte-pente mécanique dans les Laurentides, "un appareil intéressant, pour les gens qui ont perdu le sens de l'effort" disait-il.
Herman Smith-Johannsen, celui que les skieurs nordiques de toutes disciplines connaissent aussi sous le nom de ''Jackrabbit'', est né en Norvège, à Horten, dans le fjord de Oslo. Ce sont les Cris qui, en 1920, après l'avoir vu se déplacer rapidement sur la neige avec ses skis l'ont surnommé Okuwakun Wapoos c.a.d. Chef Lapin Agile.
Ayant une formation d'ingénieur, il s'embarque, en 1901, pour les États-Unis où il travaille pour une usine ferroviaire. C'est l'époque de la construction des premières grandes lignes de chemin de fer. Cela l'amènera chez-nous, vendre du matériel au Canadien Pacifique. De 1907 à 1915, il exerce son métier dans les Indes Occidentales, avant de revenir au Canada où, en 1919, il s'établit à Montréal. En 1932, il s'établit à Piedmont, dans les Laurentides.
De 1920 à 1930, il sillonne les Laurentides où il ouvre des sentiers dans les régions de Shawbridge, Saint-Sauveur et Sainte-Agathe, entre autres. Au milieu des années 1930, il entreprend de tracer la Maple Leaf, un sentier long de 80 milles (123km) de Labelle à Shawbridge. Aujourd'hui, la construction de la route 117 et l'urbanisation ont fait qu'il ne reste plus de cette piste mythique que quelques kilomètres, plus que jamais menacés, entre Val-David et Sainte-Adèle.
Bien que, après la 2ème guerre mondiale, le ski nordique perd de sa popularité, Johannsen continue, dans les années 1940, 50 et 60, de tracer des sentiers tout en se désolant que l'on n'y rencontre plus que des "excentriques".
Au début des années 1970, alors qu'il a bien au-delà de 90 ans, il se fracture la hanche lors d'une chute dans le stationnement du domaine Gault à Saint-Hilaire. Il sera de retour sur ses skis la saison suivante. Il skiera jusqu'à l'age vénérable de 106 ans!
Il décède à Tønsberg, en Norvège, à l'age de 111 ans et 7 mois de complications dues à un rhume.
Herman Smith-Johannsen demeure pour nous tous du CMC une source d'inspiration. C'est en ayant à coeur la continuité de son oeuvre que, depuis 1977, le CMC a mis en place de façon officielle une activité vouée à la conservation, à la restauration et au développement des sentiers de ski et de randonnée.