bannière section historique CMC, par Maurice Day


Julien Labedan

Hommages à Julien Labedan fondateur du CMC (1913-2001)

Par delà les montagnes...
(Par André Frappier)

Julien naît en France en 1913, à Gimont dans le département du Gers. Il réside par la suite à Saint-Gaudin dans les Pyrénées jusqu'à son départ pour le Québec.

Son père, ébéniste, fabricant de meubles, l'envoie apprendre ce métier à la célèbre école d'ébénisterie Boulle à Paris. À son retour il travaille dans l'atelier paternel. Il épouse Marinette Grillet en 1938. Il prend part à la deuxième grande guerre, est fait prisonnier par les Allemands, mais réussi à s'évader et s'enrôle dans la fameuse division du général Leclerc qui s'illustre lors de la libération de la France.

En 1946, il émigre au Québec avec sa famille, devient décorateur chez Meubles Valiquette et plus tard, dessinateur de meubles sur contrats. À 46 ans, il entre à La Presse comme traducteur de dépêches; il y restera vingt ans, jusqu'à sa retraite.

L'autre Julien : adolescent, il fait partie des scouts de France, puis il entre dans le Club Alpin Français où il découvre ce qui allait devenir le phare de sa vie, la montagne. Il réalise de multiples ascensions dans les Pyrénées, avec comme guide et ami le grand alpiniste Jean Arnaud. Quelques jours après son mariage, Julien est profondément choqué par la mort de son ami lors d'une ascension commune. Durant la guerre, reconnu comme un audacieux descendeur à skis, il sera recruté par les Chasseurs Alpins.

Trois ans après son arrivée au Québec, il fonde, en 1949, le Club de Montagne le Canadien qui se veut d'abord un club d'alpinisme. Julien explore les parois des Laurentides avec ceux qui devaient devenir les alpinistes vedettes des années cinquante, soixante, Bernard Poisson et les autres...

La relève d'initiateurs d'escalade se faisant plus rare, le CMC devint petit à petit un club de randonnées pédestres et à skis. Pendant les trente années suivantes, Julien parcourra de long en large les Adirondacks, la chaîne du mont Washington, traversa de bord en bord ses chères Pyrénées et fera des treks au Népal et au Ladakh.

Par-dessus tout, Julien était un passionné qui cherchait tous azimuts ce qui le faisait vibrer : les gens d'abord avec qui il entrait facilement en contact, mais pour les amener à se situer sur des questions qui lui tenaient à coeur (les timides ou les tièdes en avaient des sueurs froides) une recherche de la vie intérieure par le yoga et l'acupuncture; puis l'écriture. Dans ses textes, quand il parle de la majesté de la montagne, il a le grandiose le sens épique de Hugo, quand il décrit les plantes et les fleurs qui s'y trouvent ou les cieux étoilés, il a la sensibilité de Giono...

Julien Labedan Abott Pass

Julien Labedan, Abott Pass, 1973
Photo : Archives de la famille Labedan

Un ami s'en est allé...
(Par André Hébert)

L'enthousiasme des uns gêne souvent l'apathie des autres. Julien Labedan débordait d'enthousiasme et, au premier abord, cela pouvait dérouter; d'autre part, l'accent chantant qu'il gardait de sa montagne natale et sa stature diminuée par une déformation scoliotique en interloquaient plus d'un. Au début sans doute il fut mal compris; plus tard il accorda sa confiance à certains qui la méritaient peu. En somme, l'avons-nous vraiment bien connu?

Ces dernières années, parmi ses propos un peu nostalgiques, il m'avait raconté de fabuleuses aventures et je le poussais à les écrire car il avait un style à son image - exigeant, percutant toujours intéressant. Mais l'acte d'écrire réclame tant de courage, de modestie presque damnante et tant de temps... qu'il préféra sans soute se consacrer à autre chose.

Lorsqu'en 1966, nouveau membre du CMC, je voulus poursuivre nos activités au-delà de l'automne, je découvris le ski "nordique", fis mes premières explorations avec quelques acolytes pour les poursuivre, à l'occasion, avec Julien : en ski comme en randonnée, il fallait pouvoir le suivre! Je me rappelle un périple Ste-Agathe-Viking en sa compagnie : tout un jour à reconnaître le trajet, à partager les impressions. Il faisait des projets d'escalades Pyrénéennes et je suis triste de n'y avoir point pris part, car les sentiers de la vie sont étrangement balisés. Mais je conserve le souvenir d'un homme de coeur qui a toujours su garder la tête haute et franc le regard.

Julien Labedan Abott Pass

Julien Labedan, Abott Pass, 1973
Photo : Archives de la famille Labedan


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